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ÉTUDE
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Le temps passe si vite. La plupart des essais du présent volume furent écrits il y a sept ou huit ans, voire même dix ans, et furent d’abord publiés dans des journaux et périodiques japonais. Ils ont pour sujet des événements ou thèmes marquants de la presse de l’époque. Cependant lorsqu’on les lit aujourd’hui, ils donnent l’impression de traiter d’une période bien plus éloignée. Mais si les événements traités relèvent maintenant de l’histoire passée, les idées que je m’efforçais d’exprimer alors restent les miennes aujourd’hui, et je ne pense pas être amené à en changer beaucoup dans l’avenir. Cette traduction anglaise me donne donc l’occasion de présenter aux lecteurs du monde entier un certain nombre de mes idées et points de vue, et une telle opportunité m’apparaît à la fois comme un privilège et un honneur. Comme je l’ai expliqué dans l’édition japonaise de l’un des recueils d’où ses essais sont tirés, je ne suis ni un historien, ni un penseur de la civilisation moderne. Si l’on me pressait de me situer je me présenterais comme un homme de religion, un bouddhiste, et comme une personne ordinaire au milieu de personnes ordinaires. Les points de vue exprimés dans ces essais ne sont certainement pas représentatifs de l’ensemble de la population japonaise d’aujourd’hui. Il s’agit plutôt des idées d’un Japonais moyen, homme qui naquit et fut élevé parmi les hommes ordinaires et qui s’efforce, jour après jour de mener la meilleure vie possible. Et parce que je ne suis en aucun cas unique, mes opinions se situent aussi dans I’un des courants de pensée japonais d’aujourd’hui. On dit souvent que, si la puissance économique vaut au Japon une large reconnaissance dans le monde entier en revanche sa culture, et en particulier ses modes de pensée restent malheureusement presque totalement inconnus à l’étranger. Le problème, dit-on, réside dans l’incapacité propre aux japonais à expliquer à autrui leurs idées et leurs objectifs, ou dans leur ignorance des langues étrangères. Je pense qu’il tient aussi au fait que dans le passé les Japonais ont eu assez peu d’occasions de présenter leur point de vue en toute franchise et de manière ouverte à des acteurs étrangers. La publication de mes essais en anglais offre une telle occasion, et si elle peut contribuer ne serait-ce qu’un peu, à familiariser les habitants d’autres pays avec le cœur et l’esprit japonais, ainsi qu’avec la sensibilité des Japonais, alors ce livre sera sans aucun doute d’une utilité appréciable. Nous sommes à l’heure actuelle confrontés à diverses crises d’une échelle et d’une complexité sans précédent. Les peuples du monde ont surtout besoin aujourd’hui de joindre leur sagesse et leur force pour surmonter ces difficultés. La principale condition préalable en vue d’un tel effort de coopération est, je crois, la compréhension mutuelle. Les différences d’histoire et d’origine entre les nations et les peuples, ainsi que la diversité des cultures dont ils sont issus, agissent souvent comme des obstacles au dialogue. Et pourtant paradoxalement c’est précisément grâce à la diversité des cultures que l’on peut surmonter les crises du présent et ouvrir une voie pour l’avenir car, à mesure que se développera la compréhension mutuelle, chaque culture et chaque nation pourra apporter sa contribution unique, créant alors une nouvelle sagesse et une force d’une dimension jamais envisagée précédemment. Dans le passé, j’ai fait tout mon possible pour transcender les barrières entre Orient et Occident, socialisme et capitalisme, qui divisent les peuples du monde d’aujourd’hui, et établir des liens de compréhension mutuelle. J’ai l’intention de consacrer le reste de ma vie à cette tâche, en faisant le maximum d’efforts, bien que mes capacités soient limitées. J’espère que ce livre servira, ne serait-ce qu’un peu, à ce dessein. Si tel était le cas, je me sentirais grandement récompensé de mes efforts. Pour conclure, je voudrais remercier le professeur Burton Watson pour le temps et les efforts qu’il a consacrés à la traduction anglaise de ces essais.
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