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ÉTUDE
Examen Nov. 2008
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8.8.9. L'avenir de l'humanité et le rôle de la religion (Bryan Wilson)
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      8. Publications
          8.8. Dialogues avec Daisaku Ikeda
              8.8.9. L'avenir de l'humanité et le rôle de la religion (Bryan Wilson)
 8.8.9.1. Préface

 Préface

Pendant l'hiver 1978-1979, invité conjointement par l'Université Soka et l'Institut de philosophie orientale de Tokyo, l'un d'entre nous, Wilson, se rendit au Japon. Au début de cette visite, il fut reçu à dîner par l'autre, Ikeda, le président de la Soka Gakkai internationale. Notre conversation, à table. courut sur divers sujets et fut peut-être beaucoup plus longue que prévue, chacun trouvant stimulante la perspective très différente - mais loin d'être toujours contradictoire - de l'autre. Le fait d'expliquer nos points de vue réciproques, de reconnaître une autre conception du monde et de découvrir les subtilités de nos positions mutuelles détruisit tous les stéréotypes que nous aurions pu conserver, respectivement du guide d'un nouveau mouvement religieux et du sociologue patenté. Un désir spontané naquit de se revoir, de poursuivre la conversation et d'aborder un registre de questions plus étendu.

Nous avons sur l'instant décidé de le faire. Depuis, nous nous sommes rencontrés en diverses occasions, au Japon comme en Europe, et avons renforcé et prolongé nos conversations par des échanges écrits assez importants qui, triés et résumés par la suite, ont donné le dialogue que l'on pourra lire dans les pages qui suivent.

La tentation aurait pu être grande (comme toujours lorsqu'au terme d’une correspondance suivie se crée une certaine amitié) de s'installer dans une attitude commode d'admiration mutuelle et d'autosatisfaction pour avoir « redressé les torts du monde ». Le plaisir de l'opération ajoutait encore à ce risque. Nous espérons n'avoir pas succombé à cette tentation. Nos conversations nous ont intéressés, et nous espérons qu'elles intéresseront les autres. Mais nous n'avons pas l'illusion d'avoir dit, sur quelque sujet que ce soit, le dernier mot. Toutes les questions que nous posons restent ouvertes. Nous ne sommes pas des experts dans la plupart des domaines qui ont retenu notre attention, et dans certains nous sommes même tout à fait des néophytes. C'est pourquoi nous sommes loin, ensemble ou séparément, de vouloir passer pour des autorités dans ces domaines.

Nous sommes conscients de la nécessité de continuer à nous informer de ce que d'autres pensent de tous ces sujets. Et chacun à notre manière, nous sommes tous deux ce que l'on pourrait appeler des « observateurs des hommes ». Nous suivons de près le climat de l'opinion informée, pour y réagir et la commenter. Il est clair que certains problèmes que nous abordons ici ont été l'objet de débats et de discussions beaucoup plus approfondis par les experts de ces domaines particuliers. Mais cela ne nous a pourtant pas exagérément intimidés. Chacun de nous possède - du point de vue du Bouddhisme de Nichiren ou de celui de la sociologie académique - une perspective qui - sans être toujours, tant s'en faut, exhaustive - nous permet de survoler un large éventail de préoccupations contemporaines. Et c'est dans l'esprit de commentateurs que nous offrons notre échange d'observations.

Nos conversations n'ont pas été centrées sur des détails ou des aspects techniques dans les sphères où chacun de nous peut être considéré comme un spécialiste. Notre but n'était pas d'offrir au lecteur un exposé complet du Mahayana ou du Bouddhisme de Nichiren, ou de fournir l'analyse sociologique-type de la religion. Ceux qui cherchent une information sur ces sujets la trouveront dans d'autres livres. Nous avons plutôt discuté de différents aspects de la religion : éthique, philosophique, psychologique, thérapeutique, organisationnel et historique - du Bouddhisme aussi bien que d'autres religions - et de l'impact qu'ils exercent sur des préoccupations humaines vitales. Ce sont des sujets que le guide religieux et le sociologue des religions, surtout lorsqu'ils débattent ensemble, contribuent à éclairer de façon toute particulière. Nos remarques s'adressent donc principalement à ce que nous pourrions appeler le public informé - au grand public comme à ceux qui, dans un domaine ou un autre, sont des experts mais qui, en dehors de ces spécialités particulières, ne sont comme nous que des amateurs. Dans les pages qui suivent, l'expert n'apprendra rien de nouveau dans son propre domaine - même si ce domaine est le Bouddhisme ou la sociologie. Mais il appréciera peut-être ce type de commentaire général et désintéressé comme un échange d'opinions utile à la démocratie et au maintien d'un débat public et non pas exclusivement réservé aux experts. Indiscutablement, la publication de ce dialogue exprime notre conviction qu'il n'est toujours pas déplacé - et qu'il ne faudra jamais considérer comme déplacé - qu'un non-spécialiste donne son opinion sur des sujets contemporains controversés allant des manipulations génétiques et de l'avortement, jusqu'aux relations parents-enfants ou à la définition de la nature humaine.

Bien avant d'entamer ce dialogue, nous avions chacun personnellement déjà réfléchi à la plupart des sujets traités. Mais l'effort pour clarifier nos idées et pour communiquer, malgré le fossé culturel considérable qui sépare le Japon de l'Occident, conduisit chacun de nous à scruter de façon plus exigeante. et à réévaluer plus complètement, des points de vues que nous n'avions jusqu’alors jamais contestés. Ici et là, ce que disait l'autre nous a peut-être échappé - non parce que nos traducteurs ou nos interprètes étaient - loin de là - inadéquats - mais parce que l'étendue et la profondeur des implications culturelles dans le discours de tout individu (dès qu'il n'est plus strictement mathématique) sont généralement ignorées, ne devenant visibles que lorsqu'il est nécessaire de communiquer avec des gens d'un monde culturel différent. L'exercice même de la traduction, qui pouvait d'abord sembler un obstacle, devint en fait le point de départ d'une meilleure compréhension de soi, demandant à chacun de nous de réexaminer ses prémisses et de clarifier ses idées. Dans toutes les langues, la rhétorique permet à celui qui la manie depuis l'enfance de recourir, sans avoir à les justifier, à des affirmations et des raisonnements mal définis, ambigus et implicites qu'il n'est que trop facile de laisser tels quels. Chacun, à un moment ou un autre, utilise des concepts qu'il tient pour évidents et le terrain commun, à l'intérieur d'une culture, est tel que des compatriotes sont à peu près certains de saisir - d'une façon diffuse et intuitive -, des allusions implicites et des références. La traduction a été une expérience salutaire. Des postulats culturels cachés ont dû être explicités et chacun de nous a gagné à réévaluer des notions qui semblaient jusqu’alors incontestables. Aux interprètes et aux traducteurs qui se sont battus, non seulement avec la langue mais aussi avec des obscurités culturelles, nous sommes profondément reconnaissants. Ikeda tient à exprimer une gratitude particuIière à Richard L. Gage qui a traduit tout ce qui demandait à l’être, du japonais en anglais.

Nous voyons dans notre dialogue non seulement un pont entre deux cultures, entre l’Orient et l'Occident, et plus spécifiquement entre le Japon et l'Angleterre (c'en est indiscutablement un) mais aussi un type de discours qui, dans l'ordre social de plus en plus spécialisé du monde moderne, est devenu quelque chose d'assez rare. A une époque qui n'est pas si lointaine, quelques personnes au moins maîtrisaient de vastes connaissances et s'intéressaient à des disciplines très différentes qui, pour ces esprits encyclopédiques, s’enrichissaient mutuellement. De tels hommes élargissaient le champ de leurs connaissances au contact des spécialistes de divers domaines qu'eux-mêmes, grâce à des capacités exceptionnelles, des intellects omnivores, et un travail acharné, parvenaient à enrichir de leur contribution personnelle. L’époque des encyclopédistes est révolue et nous n'appartenons ni l'un ni l'autre, d’aussi loin que ce soit, à cette espèce disparue. Nous n'avons pas la prétention de rivaliser avec l'étendue de leurs compétences. Nous aimerions néanmoins faire preuve d'un peu de leur esprit de recherche : ce que ni l'un ni l'autre ne pouvions faire séparément, soulever et réexaminer des problèmes que l’on aurait autrement tendance à croire résolus, nous avons essayé de le faire ensemble.

De toute évidence, les préoccupations du dirigeant mondial d'une organisation bouddhique vigoureuse diffèrent fondamentalement des buts, des méthodes et des raisonnements du sociologue des religions. Mais l’objet de notre discussion - le rôle social de la religion - nous tient tous deux profondément à coeur. Nous avons tenté de clarifier - à différents moments de notre conversation - les prémisses d'où nous partions, et c'est ce qui la rend assez inhabituelle. Bien sûr, il n'est pas rare qu'un sociologue des religions converse avec des dirigeants religieux (et en particulier avec ceux des mouvements qui font l'objet de son étude académique). Mais il est moins courant pour le sociologie de sortir de son rôle actif de recherche, ou pour le chef religieux de délaisser sa principale fonction de guide et de conseiller de ses disciples, pour aborder les sujets religieux d'une façon plus détachée. Pour l'un d'entre nous, donc, cette discussion représente un désengagement temporaire de l’approche empirique, méthodologiquement justifiée, des questions religieuses, qui fait de ces phénomènes l'objet d'une enquête sociologique moralement neutre. Pour l’autre, le même esprit d’enquête détachée est adopté dans les nombreux échanges où aucune tentative n'est faite pour définir la position spécifique du Bouddhisme de Nichiren, même si cette perspective imprègne clairement les valeurs et les préoccupations exprimées. Ainsi, nous nous sommes rencontrés à mi-chemin, chacun offrant les perspectives qui découlent de ses activités habituelles. La rencontre, donc, n’est pas basée sur une recherche académique ou sur l’exposé de doctrines par un dirigeant bouddhiste. Et cette incursion, hors des enclaves respectives de nos occupations particulières a été possible, pensons-nous, sans la plus petite entorse à nos préoccupations habituelles ni aux valeurs qui nous sont chères, à l’un comme à l’autre.

Certains estimeront sans doute qu’il est délicat, pour un guide religieux, de discuter en toute liberté avec un universitaire religieusement non engagé qui ne partage pas ses croyances - et d’autant plus délicat que la transcription de leur échange sera lue par ses propres disciples. Et de même, un sociologue des religions ne risque-t-il pas de se sentir mal à l’aise lorsqu’il aborde des sujets religieux d’une façon qui par moments peut le conduire à formuler des jugements de valeurs ? Ni l’un ni l’autre ne nous sommes laissés arrêter par de telles considérations. C’est lkeda qui eut le premier l’idée d’entreprendre ce dialogue et dès le départ, son intention fut de rendre accessible la transcription de ces conversations non seulement aux membres de la Soka Gakkai mais au public dans son ensemble. Une telle approche témoigne assez de l’ouverture de la position bouddhiste. Quant à Wilson, l’importance des sujets abordés le persuada qu’en certains cas l’approche sociologique peut parfaitement servir à prendre position face à divers problèmes humains. Manifestement, si nos valeurs diffèrent parfois dans les pages qui suivent -nous sommes tous deux partisans de la liberté des échanges intellectuels. Et c’est l’importance que nous accordons à cette liberté que concrétise notre dialogue.

Les lecteurs occidentaux qui ne connaissent que les références à l’au-delà du Bouddhisme Theravada (ou qui se souviennent des préoccupations liturgiques, salvatrices, transcendantalistes et parfois mythologiques du Christianisme) auraient tort de supposer qu’une discussion de la religion axée surtout sur son rôle social est une concession avouée à la perspective purement sociologique. Au contraire, le Bouddhisme de Nichiren est si principalement concerné par ce monde-ci qu’une conception de la religion comme phénomène social apparut très vite comme un de nos points communs. Le caractère même de la pensée du Bouddhisme de Nichiren facilite le dialogue avec le sociologue. Ainsi, bien que nos opinions diffèrent, nos préoccupations sont les mêmes. Nous n'avons essayé ni de trouver des justifications étroites à la foi, ni de formuler des évaluations définitives de la religion ou des religions : pour l'un d'entre nous, de telles questions sont déjà résolues ; pour l'autre, elles ne sont pas d'une importance primordiale. Etudiant l'influence de la religion, nous nous interrogeons sur la condition humaine dans un monde qui change rapidement et radicalement. Nous abordons ainsi des sujets tels que la nature de l'émotion religieuse, les caractéristiques du miraculeux, la signification des idées de vie après la mort, le mysticisme et les limites de la rationalité dans ses rapports avec la religion. Certains sujets ont été plus développés que d'autres, et prennent peut-être plus de place qu'on n'était en droit de l'attendre dans les pages qui suivent. Par ailleurs, certains problèmes fondamentaux ont été supposés connus et n'ont été abordés que très brièvement. C'est le propre des échanges spontanés : certains sujets particuliers éveillent parfois plus d'intérêt que n'en suscitent des questions plus générales et plus abstraites. Nous avons conservé nos digressions telles qu'elles sont apparues. Pour mettre un peu d'ordre dans notre discussion, nous avons essayé de regrouper nos sujets sous divers titres. Mais il est évident que dans toute conversation certains thèmes se prolongent en même temps que l'on passe brutalement d'un sujet à l'autre. Nous n'avons pas tenté de supprimer ces formes propres au dialogue, en pensant que le lecteur aimerait comprendre l'enchaînement de notre conversation.

Initialement, lorsque nous avons décidé de conserver une trace écrite de nos échanges, nous nous demandions peut-être tous deux, jusqu'où iraient nos divergences de vue. Nous n'avons pourtant exercé ni contrôle ni censure, et n'avons éliminé ou évité aucun sujet s'il nous semblait d'un quelconque intérêt. A vrai dire, l'esprit de notre dialogue nous a tous deux poussés à aborder des problèmes particuliers qui, du fait de nos perspectives différentes, promettaient la stimulation intellectuelle d'une véritable divergence d'opinion.


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