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8.13. Nichiren Shoshu - Histoire d'une déviation
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          8.13. Nichiren Shoshu - Histoire d'une déviation
 8.13.3. Introduction 

 Introduction

Lorsqu’en 1991, les membres de la Soka Gakkai Internationale apprirent que son président Daisaku Ikeda était brutalement excommunié par Nikken, 67e  administrateur de la Nichiren Shôshû, seule la confiance dans les objectifs déclarés de la Soka Gakkai et de son président pouvaient les éclairer.

Si les pratiquants japonais, traditionnellement attachés aux « moines » et peu enclins à la critique vis-à-vis de la Nichiren Shôshû, étaient tout de même avertis des agissements des bonzes, les pratiquante d’outre-mer se situaient, eux, devant un gouffre.

Quelle fut l’histoire de la Nichiren Shôshû pleine d’intrigues et de malhonnêtetés envers les laïcs pendant les sept siècles qui nous séparent de Nichiren Daishonin ? Que représente traditionnellement le clergé bouddhique dans l’histoire du Japon ?  Quelle était l’origine des nombreuses écoles bouddhiques se réclamant de Nichiren Daishonin ?

L’attitude loyale de la Soka Gakkai, qui avait fait d’énormes efforts pour créer une communauté harmonieuse entre moines et laïcs, avait masqué tous ces problèmes. Cela avait été possible avec les personnalités de Nichijun et de Nittatsu. Si l’on pouvait espérer jusqu’alors en une Nichiren Shôshû capable de se réformer pour adhérer de nouveau à l’esprit de son fondateur en s’appuyant sur un grand mouvement laïc, Abe Nikken, lui, reprenait à son compte toute la tradition d’intrigues et de pouvoir malsain qui avait jalonné l’histoire de la Nichiren Shôshû. Cet homme, rétrograde, intrigant, autoritaire, au bas mot, apparaît aujourd'hui, sous l'éclairage des décisions qu'il vient de prendre, doté de la personnalité d'un dictateur au bord de la folie.

Comment est-il possible qu'une telle personnalité puisse prendre le pouvoir au sein de la Nichiren Shôshû, c'est ce que ce livre expose très clairement.

L'histoire de cette école bouddhique est jalonnée d'événements qui au-delà de sa propre existence, appartiennent au grand courant de l'histoire sociologique des écoles bouddhiques au Japon.

L'un des principaux combats de Nichiren fut, de son vivant, de dénoncer les intrigues qui entachaient la transmission des enseignements bouddhiques, puisque déjà, les moines semblaient plus attachés à leurs privilèges et à leur pouvoir qu'à leur engagement spirituel. Sept siècles plus tard le combat de Nichiren Daishonin est toujours d'actualité.

A une exception fondamentale près : l'apparition de quelques individualités ayant réellement compris son esprit et son engagement. Citons Nikkô, Nichikan, et plus près de nous les présidents Makiguchi et Toda. Ces hommes, chacun selon son propre destin, ont dû pousser haut le courage (le président Makiguchi est mort en prison) pour ne pas faillir à leur engagement spirituel et philosophique, et ils n'ont pas failli. Il y eut aussi, depuis Nikkô, des hommes, totalement inconnus aujourd'hui, plus souvent des laïcs que des moines, qui tous, à leur mesure, ont permis à l'esprit de Nichiren de perdurer. La véritable transmission de maître à disciple, comme Nikkô n'a eu de cesse de le clarifier (la trahison des moines aînés lui en avait appris long sur la nature humaine !) et telle qu'il l'a réalisée, ne se produit qu'à travers la prise de décision de l'homme qui a réellement fait de l'engagement philosophique et moral de son maître, son engagement.

Lorsque T. Makiguchi affirme sa liberté de penser en refusant, au nom du bouddhisme de Nichiren Daishonin, de se plier au culte shintô, il se dresse contre un gouvernement militaire fascisant qui cherche à l'opprimer au travers d'une « police de la pensée ».

En s'appuyant sur cette philosophie, T. Makiguchi met ses convictions et sa force au service des droits de l'Homme et de la justice et prouve ainsi la valeur du bouddhisme de Nichiren Daishonin. Au même moment les bonzes de la Nichiren Shoshû acceptent de vénérer les amulettes shintô et plient devant l'autorité inique de l'Etat qui méprise la vie.

La robe de moine n'a jamais protégé contre la bassesse du coeur. Tous les clergés du monde ont failli. C'est une réalité accessible à tous, dès que l'on se penche sur l'histoire des religions.

Le bouddhisme a comme principale caractéristique d'être une philosophie entièrement dédiée à l'Homme. Il s’adresse à chacun de nous dans cette composante humaine qui le relie à tous et qu'il partage avec tous. Le bouddhisme de Nichiren Daishonin, enseignement qui ne laisse la place à aucun élitisme, aucune initiation, aucun seuil, qu'il soit formel et honorifique ou mystique, va plus loin encore dans cette prise en compte de l'humain dans son universalité. Qu'on y réfléchisse bien, il s'agit d'une spécificité très profonde et significative.

Qu'un grand mouvement laïc secoue le joug du clergé traditionnel bouddhique au Japon, cela nous concerne-t-il ? Certainement, car au-delà d'un combat spécifique, dans un contexte social très particulier, est en cause un principe universel qui s'inscrit totalement dans le vœu de Nichiren : le respect de la dignité de la vie, l'avènement de principes démocratiques et la lutte contre les privilèges. Cette composante démocratique de son enseignement est tellement novatrice au XIIIe siècle, qu'il faudra attendre sept siècles pour qu'aujourd'hui on la comprenne mieux.

Cet ouvrage est une compilation de textes sur l'histoire de la Nichiren Shôshû parus dans différentes publications de la Soka Gakkai, certains traduits pour la première fois en français. Manque ici le recul qui mettrait en perspective l'histoire de la Nichiren Shôshû et l'histoire sociologique du Japon à chaque époque concernée. Mais une telle synthèse nous aide à mieux comprendre la réalité de cette école et nous donne les références dont nous avions grand besoin en Europe (plusieurs pays en ont d’ores et déjà entamé une traduction.). C’est la force de ce livre.

Il est vital d’avoir une vision juste. De pouvoir mesurer combien le bouddhisme que Nikken tente de transmettre à travers sa personne et ses agissements est dénaturé, à une époque où la véritable nature de l’enseignement de Nichiren Daishonin est l’un des trésors dans lesquels l’humanité peut puiser pour créer l’avenir.

Cet avenir sera celui d’une ère de sagesse capable d’engendrer la paix, ou ne sera pas.

 

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