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Le lecteur est ici invité à lire mes écrits concernant la renaissance d’une nouvelle science de l’éducation empirique, intimement et intégralement reliée aux réalités d’une vie d’apprentissage. Une éducation créatrice de valeurs se donnerait pour but de remplir les conditions suivantes, qui sont essentielles : 1. Rationaliser l’éducation en vue d’une plus grande économie et d’une plus grande efficacité. Je suis convaincu que si des réformes étaient menées à bien tant au niveau politique que technique, les exigences actuelles en matière de durée d’enseignement, de durée des études, de coûts financiers, de temps, etc. pourraient être réduites de moitié. 2. Renoncer aux méthodes d’enseignement aveugles et peu soucieuses des résultats au profit d’une éducation clairvoyante, planifiée, cohérente et ouverte, afin de faciliter l’institution et la gestion éducatives. Cette éducation doit s’accompagner d’un apprentissage où l’action puisse illustrer la capacité croissante à créer des valeurs. 3. Améliorer la qualité du recrutement et du traitement du personnel éducatif afin de s’assurer de la présence d’éducateurs capables de mener à bien les changements déjà cités. Ainsi, j’ai proposé l’institution d’un système d’examens pour les directeurs d’écoles primaires et des réformes fondamentales concernant la formation des maîtres. 4. Soustraire le système éducatif et les méthodes d’enseignement des mains de pédagogues irréalistes afin de rendre l’enseignement résolument productif et créateur, c’est-à-dire le mettre en phase avec les activités professionnelles de la vie réelle. Ainsi ai-je suggéré d’équilibrer de façon parfaite l’éducation physique et l’éducation mentale sous la tutelle de professionnels de la société dans son ensemble, dans un système scolaire à mi-temps. 5. Organiser les écoles comme des microsociétés, en accord avec les perspectives de la société en général, qui soient sources d’éducation morale. Ce qui suit est la somme de souvenirs, considérations et réflexions innombrables que j’ai accumulés au cours de mon expérience quotidienne. Tandis que des membres plus cupides de la profession passaient tous leurs moments de liberté à s'inquiéter de leurs gains en argent, j'ai utilisé les miens à élaborer des idées à partir de ma propre expérience et à les consigner par écrit. Aujourd'hui, après quelque trente ans d'enseignement, il se trouve que je peux réunir une montagne de notes, dont certaines, je le concède, témoignent d'un manque d'inspiration tandis que d'autres méritent d'être conservées. L'idée que, tôt ou tard, je devrais organiser cette masse de notes n'a cessé de me harceler. Je sais pourtant pertinemment que je ne puis le faire à cause d'un emploi du temps public et privé saturé. Il faudrait y consacrer un temps considérable ne serait-ce que pour en faire le tri, retenir ou écarter certaines idées, avant de les unifier et de les structurer. Cela fait déjà plus de vingt ans que je considère avec regret ces piles de papiers. Ainsi, bien que ma seule irresponsabilité m'amène à déverser de la matière brute sur le marché, je suis tout à fait convaincu que c'est le devoir de l'intellectuel de clarifier ses idées et de les rendre publiques. En fait, je n'ai cessé de m'interroger, pendant tout ce temps, en sorte que toute cette réflexion a fini par engendrer une théorie pédagogique à part entière. Les idées me semblent suffisamment solides, et sans l'hostilité de l'environnement elles auraient déjà porté leurs fruits. En fait, leur croissance s'est trouvée entravée par la bataille pour la simple survie. Il est probable cependant que certaines personnes n'accepteront pas cette justification. Il m'était tout simplement impossible de renoncer au résultat de plusieurs décennies d'expérience, qui potentiellement appartenait à toute la société. Peut-être est-ce dû à ma conscience d'intellectuel, mais je me suis retrouvé poussé par le même sentiment d'urgence qui m'a conduit à écrire mon précédent ouvrage, La Géographie de la vie l'humaine. Bien sûr, savoir si la société voudra de mes idées est une tout autre question, pour laquelle le débat demeure ouvert. Lorsque j'y réfléchis sérieusement, je dois me résoudre à admettre que je ne verrai pas les fruits de mon travail de mon vivant. Néanmoins, je brûle toujours davantage de pouvoir agir - et le plus tôt possible - pour remédier à l'état déplorable de l'éducation dans notre pays. Ma seule motivation est que, par cet effort, on puisse sauver le million d'élèves, pour le moins, qui éprouvent des difficultés pour s'inscrire dans les établissements scolaires, sans parler de la « compétition féroce », de la peur du chômage et du surmenage. J'espère sincèrement que cette œuvre, couvrant trente années de labeur, n'aura pas été vaine. Dans ce but, beaucoup de mes jeunes collègues ont été extrêmement cordiaux et m'ont soutenu dans mes efforts, me prodiguant réconfort et encouragements, m'aidant à corriger les épreuves de mes travaux et m'assistant dans la conduite de mon projet jusqu'à aujourd'hui. Parmi ceux-ci figure mon ami depuis plusieurs années, M. Josei Toda, qui a obtenu quelques fonds et a fourni tous les efforts pour me convaincre de l'importance de mener ce projet à son terme. Au point qu'aujourd'hui les rôles sont presque inversés, car c'est moi à présent qui manque souvent d'enthousiasme. M. Toda a été un phare remarquable dans la lutte pour développer une pédagogie créatrice de valeurs. De plus, beaucoup d'autres personnes de valeur de grande réputation m'ont accordé leur sympathie et leur appui au-delà de toute espérance. J'aimerais voir la campagne pour une réforme éducative se dérouler indéfiniment avec des compagnons de cette qualité. Je soumets à présent ces écrits à l'examen et à la critique d'une génération d'éducateurs plus jeunes, leur demandant de les aborder avec sérieux et objectivité. L'éducation est bien sûr un phénomène extrêmement compliqué dans une société moderne, et les problèmes ne se résoudront ni facilement ni rapidement. Il ne faut pas se hâter de conclure sans réfléchir, car si les problèmes sont profondément enracinés, des solutions réelles seront difficiles à élaborer. Mais si, par chance, certaines de mes propositions paraissent justes, j'espère seulement qu'il en sera fait bon usage pour l'amélioration de l'éducation et qu'elles contribueront ainsi à alléger une crise nationale majeure. Nous serons confrontés à de nombreux problèmes urgents dans nos efforts pour réformer l'enseignement. Je souhaite et j'attends que la Soka Kyoiku Gakkai joue un rôle central dans ces efforts. C'est donc à vous, mes éminents confrères et aînés, que j'adresse mes remerciements les plus profonds à l'occasion de la publication de ce livre. Octobre 1930
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