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Examen Nov. 2008
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8.8.5. La nuit appelle l'aurore (René Huyghe)
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              8.8.5. La nuit appelle l'aurore (René Huyghe)
 8.8.5.4. Introduction de Daisaku lkeda

 Introduction par Daisaku IKEDA

La crise qui ébranle l’humanité aujourd’hui ne provient pas de l’extérieur. Je serais tenté de dire que la demeure où nous vivons n’est pas menacée par une trombe surgie à l’horizon, mais bien plus par ses occupants - les hommes, rivaux dans la course au profit - qui s’en disputent les meubles, en arrachent plafonds et planchers, en rongent les piliers, la menaçant ainsi d’effondrement.

L’antagonisme des intérêts et les frictions sont sources de haine, entraînant la fabrication d’armes conçues pour anéantir l’adversaire. Certains sont ainsi en mesure de faire voler en éclats cette demeure. Employer, comme moyen d’intimidation, des bombes d’une puissance terrifiante est, dans cet espace exigu et incertain, pure démence!

Je crois que l’on peut dépeindre ainsi la situation critique dans laquelle nous plongent la destruction de l’environnement, l’épuisement des ressources et les menaces de guerre. Les solutions m’en semblent évidentes : impossible est la fuite hors de cette maison perdue dans un immense désert. Il faut une transformation radicale de la mentalité et du comportement de chacun pour rendre cette demeure vivable et heureuse.

Rejetant la course au profit, c’est notre effort qu’il faudrait offrir pour rendre cette demeure plus agréable et plus sûre.  Rejetant la haine, il faudrait parvenir à nous aimer, à nous protéger et à nous entraider.  lci intervient la question qui me préoccupe le plus : comment et dans quelle mesure les religions pourraient-elles contribuer à cette transformation ?

Le Christianisme et l’Islam, dans l’élan premier de leur spiritualité, parvinrent à réunir en une communauté des peuples qui jusqu'alors s'entredéchiraient. Une coexistence fondée sur des liens spirituels puissants fut instaurée, malgré d’incessants conflits locaux.

Toutefois, le monothéisme favorisa l'intolérance envers les autres confessions et, avec le développement de plus en plus complexe de la théologie, les polémiques relatives aux hérésies s'enflammèrent au point de se régler parfois dans le sang.

Je sais bien que dans ces périodes où le Christianisme et l'Islam étaient le creuset de luttes sanglantes, il y eut des hommes qui permirent de ne pas perdre de vue l'idéal de la charité et d'en appeler à la paix de l'amour divin.

Le Bouddhisme enseigne la bienveillance envers toutes les formes de vie mais ce n'est pas que les bouddhistes, néanmoins, aient été toujours pacifistes. Dans l'ensemble, la tolérance à l'égard des autres confessions y est de rigueur et la qualité d'un souverain s'y juge à la paix qu'il fait régner. Il y eut toutefois des époques où les temples entretenaient des moines soldats qui faisaient peser de sérieuses menaces sur le pouvoir de l'Etat ; par ailleurs, alors que même le meurtre des animaux est réprouvé, on assiste dans les pays bouddhistes du Sud-Est asiatique aux massacres les plus cruels.

Ainsi donc, pour la paix, le choix de telle ou telle religion n'est pas une panacée. Les différences du contenu de leur enseignement se répercutent sur les structures sociales et les comportements individuels, mais il faut attacher une égale importance à la manière dont cet enseignement est intériorisé et mis en pratique dans la vie, car c'est là que se crée la disparité entre les partisans de la violence et ceux de la paix.

On ne peut toutefois passer sous silence les différences globales qui les distinguent ; en tout cas, lorsqu'il s'agit du pacifisme, le bouddhisme surpasse les autres religions. Au cours de ces entretiens, j'ai présenté mon point de vue sur l'origine de ce fait ; je le soumets à la réflexion de M. Huyghe et à celle du lecteur.

Nichiren Daishonin, mon vénéré maître spirituel, allant au fond des choses, prit à cœur les souffrances qui engendrent les guerres ; il rechercha les points clés de la paix. Ayant lu les sûtra bouddhiques et les ayant médités, il aboutit finalement à la conclusion que la cause fondamentale des maux sociaux et, en particulier, de la guerre est le crédit accordé à de fausses doctrines et que l'essentiel est de placer sa foi dans un enseignement juste.

Cette prise de position de Nichiren Daishonin, mal comprise, fut perçue comme une volonté arbitraire d'imposer sa propre doctrine aux autorités gouvernantes. Non seulement il fut énoncé de telles critiques, mais la conduite de certains de ses disciples les rendit crédibles.

Si l'on étudie attentivement les écrits de Nichiren, l'erreur de tels jugements apparaît clairement. C'est dans le cœur de l'individu que naît la foi dans une religion authentique, mais jamais sous une quelconque pression extérieure. Il va sans dire que Nichiren Daishonin ne concevait la foi qu'éveillée en toute liberté.

Il est donc hors de question d'user d'autorité pour empêcher de croire dans d'autres religions et, encore moins, d'écraser cette croyance par la violence : avant tout, il s'agit d'un choix lucide. Cela est conforme aux principes de la transformation de la vie humaine qu'enseigne la doctrine bouddhiste fondée par Nichiren Daishonin.

Dans la conception bouddhique de la vie, l'homme faible est celui dont la vie est soumise aux désirs, à la haine ou à la colère ; l'homme fort est celui qui assume le bonheur des autres : c'est le bodhisattva. Quand il parvient aux cimes, il devient alors bouddha. Cette conception de la vie est d'un tout autre ordre que celui de la biologie ; elle rejoint l'éthique et a de nombreux points communs avec la psychologie.

Je ne voudrais pas faire ici l'apologie du Bouddhisme mais souligner simplement que c'est la lucidité donnée par ma foi dans cette religion qui m'a poussé à réfléchir sur les questions de notre époque et à en débattre avec autrui afin d'en rechercher les solutions. L'esprit originel du Bouddhisme est de s'attaquer de front aux souffrances de l'être humain. Son fondateur, le bouddha Gautama, rechercha la Voie et quitta la vie mondaine afin de résoudre cette question. La vie de Nichiren Daishonin fut également une bataille sans relâche pour dompter la souffrance humaine.

Bien sûr, je n'ai pas l'intention de me mettre sur le même pied que ces grands hommes du passé. Simple mortel qui n'a découvert ni vérités, ni voies nouvelles. Je m'efforce seulement d'orienter mes contemporains vers la lumière qu'allumèrent ces sages.

Dans toutes les religions, les paroles de ceux qui en eurent la révélation ont une résonance profonde qui va en se dégradant avec le temps. La vérité qu'elles contiennent ne vieillit ni ne faiblit pour autant ; même recouvert de poussière l'or reste l'or.

Pour en révéler l’éclat, il faut le débarrasser de cette poussière, répandue par certaines idées fixes nées avec le temps, et de tous les préjugés qu'elles ont fait naître. Je redoute d'ailleurs que ma propre compréhension ou mes interprétations ne viennent encore en augmenter la couche.

L'idée de dialoguer avec des intellectuels occidentaux si éloignés de l'univers du Bouddhisme m'est venue, entre autres, afin de m'examiner moi-même. Lors de mes entretiens avec l'un des plus grands historiens de ce siècle, le docteur Arnold Toynbee, j'ai trouvé dans la profondeur de ses vues historiques sur les civilisations humaines, un miroir unique où je pus examiner l'ensemble de mes pensées.

Aujourd'hui en France, M. René Huyghe est l'un des plus grands spécialistes de l'Art. Ne se limitant pas aux recherches sur les oeuvres elles-mêmes, il met au jour, par une observation très perspicace, les profondeurs de l'âme humaine qui y sont contenues. Ses nombreux ouvrages sont également une recherche de l'homme. Un des passages du Dialogue avec le Visible rejoint tout à fait la théorie des dix mondes, fondamentale en Bouddhisme.

Face à ce représentant de l'intelligence mûrie sur le sol de l'Occident, je ne suis pas un savant mais un pratiquant de la Loi bouddhique en Orient. Cet entretien n'étant pas celui de deux spécialistes d'une même matière, il se peut que les rouages de leur dialogue ne s'engrènent pas rigoureusement. Je serais heureux que, plutôt qu'un enchaînement bien agencé d'idées, le lecteur découvre ici la rencontre du rayonnement de deux esprits.

Enfin, je voudrais exprimer toute ma gratitude envers M. Huyghe, pour le miroir de lucidité qu'il a bien voulu offrir à mon regard.

 


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