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Ce livre est consacré au XXe siècle qui vient de finir. Notre but est modeste : nous souhaitons orienter l’attention du lecteur sur les leçons morales que l’on peut tirer de ce siècle dont nous avons vécu la plus grande partie, nés que nous sommes au tournant fatidique des années vingt et trente. Que nous ayons pris le risque tous les deux - nous, un Russe et un Japonais, issus de cultures et de religions différentes, l’orthodoxie et le bouddhisme, un homme politique et un chef religieux - d’engager ce dialogue est hautement significatif. Si le dernier secrétaire général du Parti communiste d’Union soviétique et le dirigeant de l’un des mouvements religieux les plus influents du Japon ont pu trouver une plate-forme commune pour leur débat, on peut facilement en déduire qu’il existe un sens profond dans les épreuves que l’humanité a traversées au XXe siècle et que des courants de pensée communs pénètrent chaque être humain qui vit sur notre planète. Il nous apparaît clairement que le principal problème des cent dernières années, marquées par les épreuves pénibles et cruelles des guerres mondiales ainsi que par les formes les plus monstrueuses et répugnantes du totalitarisme, est celui de la valeur et de la liberté de l’être humain, de ses droits sacrés à jouir de la vie donnée par Dieu ou la nature, au respect de son âme, à l’indépendance de ses pensées et de ses sentiments. Les idées humanistes ont traversé de terribles épreuves au cours de ce XXe siècle qui a démontré la faiblesse et la vulnérabilité morale du mythe prométhéen, de la superbe du culte de la science toute-puissante et de la volonté de conquérir notre mère, la nature. Notre livre voudrait parler des expériences et des drames liés à la tentative de mettre en pratique, dans la vie réelle, les idéaux de l'humanisme socialiste. Non seulement parce que l'un de nous deux a eu un rapport direct avec l'ultime étape - si concluante - de cette grande expérience mais aussi parce que la réalisation de cette dernière, en raison de son caractère global, a touché la vie et le destin des peuples des cinq continents de la planète. Elle a constitué une leçon pour l'humanité. Nous ne considérons pas que l'époque du socialisme réel¹ a représenté un trou noir historique. Le passage par la tentation égalitaire a permis à l'humanité de gagner en maturité et en sagesse. Conservons notre respect aux romantiques et aux missionnaires de l'humanisme socialiste, mais partons simplement de la constatation que ce système a montré ses limites et développé des contradictions criantes. Cependant, on ne saurait présenter les événements qui ont marqué la fin du XXe siècle comme la victoire des valeurs libérales occidentales, censées devenir le fondement de l'avenir. De nombreux intellectuels d'Europe et d'Amérique estiment le modèle occidental condamné : « Il est désormais vide de tout contenu », disent-ils. « Il a atteint le sommet de son développement. » D'une manière plus large, les idéologies contemporaines se sont avérées incapables de répondre aux défis de notre fin de siècle. Il est temps d'explorer les voies d'un humanisme véritable qui protégerait la personnalité de l'individu, sa dignité et sa valeur intrinsèque en la préservant de nouvelles tentations et catastrophes. Puisque le maximalisme révolutionnaire s'avère tellement dangereux, comment faire évoluer et améliorer notre monde qui ne peut manquer d'aspirer à la perfection ? Comment maintenir les pierres angulaires de la foi et de la culture ? Puisqu'il est impossible de construire le bonheur de l'humanité sur la violence, comment s'opposer au mal ? Si le concept de l’uniformité, l’aspiration à une égalité totale entre les individus, est destructeur, ruine la vie et gomme toutes les couleurs du monde, comment réaliser l’idée que chaque être humain a une valeur égale et un droit égal au bonheur et à la dignité ? Quel monde et quelle politique doivent remplacer l’ancien monde bipolaire ? Nous, les auteurs de cet ouvrage, nous n’ignorons pas à quel point il est plus simple de poser ces questions que d’y répondre. Nous nous rendons parfaitement compte combien il est naïf de croire que les vieux mythes et les vieilles injustices peuvent facilement céder la place à une nouvelle pensée, à ce que nous appelons un nouvel humanisme. Il nous semble, cependant, que l’heure est venue d’entamer une large discussion sur les leçons du XXe siècle et sur ce nouvel humanisme, système de valeurs qui pourra aider l’humanité à tenir bon et à affronter les épreuves futures. Les auteurs tiennent à exprimer leur reconnaissance à tous les rédacteurs et traducteurs qui, dès le début du dialogue et jusqu’à la parution du livre dans chaque pays, les ont aidés. Ce dialogue est le fruit de conversations passionnées qui ont eu lieu à chacune de nos rencontres. Mais, pour la plupart, nos échanges se sont faits de manière épistolaire sur des thèmes choisis conjointement. La version japonaise du dialogue a été initialement préparée pour la revue Ushio qui l’a publiée sur plusieurs numéros à mesure que se poursuivait notre correspondance. Par la suite, un livre a été élaboré à partir de cette version. Il a été publié en japonais en deux volumes. Pour l’édition russe (qui a servi à établir les éditions étrangères), nous avons jugé utile d’ajouter certains détails de la vie et de l’action de Daisaku Ikeda, car il était moins bien connu du public russe. Mikhaïl Gorbatchev,
1. Telle était l'appellation officielle du régime politique en URSS, à partir des années soixante. (N.d.T)
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