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7.8.2. Choisis la vie
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              7.8.2. Choisis la vie
 7.8.2.1. Préface à l’édition française 

 Préface

Comment différencier les personnes de premier ordre des autres ?

La différence tient essentiellement au fait que les personnalités exceptionnelles commencent par penser à leur propre mort avant de décider de ce qu’elles veulent faire et d’agir. Elles prévoient l’avenir et ne s’attachent pas aux choses insignifiantes. En ce sens, l’historien Arnold Toynbee était une personnalité de tout premier plan.

À partir de 1972, j’ai dialogué avec le Pr Arnold Toynbee, pendant dix jours, deux années de suite, plus de quarante heures en tout. Je revois encore son regard grave et son visage chaleureux lorsque, au moment des présentations, il m’a dit spontanément : « Monsieur Ikeda, j’ai longtemps attendu d’avoir la chance de vous rencontrer. Moi aussi, j’ai réfléchi aux choses et aux événements, en pensant au siècle prochain. Nous disparaîtrons tous les deux, mais que deviendra ce monde dans un avenir très lointain ? C’est un sujet qui m’intéresse énormément. »

Il a ajouté, avec beaucoup de détermination : « Dialoguons ! Pour les êtres humains du XXIe siècle, dialoguons ensemble ! »

À cette époque, il avait quatre-vingt-trois ans. Trois ans auparavant, en 1969, il m’avait écrit : « Quant à moi, je souhaiter dialoguer avec vous sur les thèmes fondamentaux qui concernent tous les êtres humains. Je vous invite donc à Londres. Toutes les saisons me conviennent, mais je crois que le meilleur moment est le mois de mai, lorsque toutes les fleurs sont épanouies. » Il voulait venir me voir au Japon, mais il se relevait tout juste d’une crise cardiaque qui l’empêchait d’entreprendre de longs voyages. Je suis donc venu visiter Londres, verdoyant et couvert de fleurs printanières. Le Pr Toynbee habitait un bâtiment en brique rouge vif, à Oakwood Court. Chaque jour, je prenais l’ascenseur pour me rendre jusqu’à son appartement situé au quatrième étage. Sa femme et lui m’ont toujours accueilli avec le sourire. Je me souviens de leur salon assez modeste.

Le plus grand historien du XXe siècle ne manifestait aucun des signes d’orgueil si fréquents chez les esprits inventifs. Sa personnalité était aussi modeste que son esprit était vaste.

Le thème de nos dialogues, dont vous retrouverez la plupart dans le présent ouvrage, étaient inépuisables : la vie, l’avenir des civilisations, les défis posés par l’environnement, la guerre et les problèmes internationaux, la santé et le bien-être, l’homme en tant qu’animal social, la création d’un monde unifié, le statut de la femme, la philosophie et la religion, et bien d’autres encore.

« Et maintenant, qu’est-ce que vous avez envie de faire ? » lui ai-je demandé.

– Des choses comme ce que nous faisons ensemble, dans cette pièce, c’est-à-dire dialoguer, faire des efforts pour que tous les êtres humains s’unissent, comme les membres d’une grande famille. »

Il portait alors un appareil acoustique et souffrait d’une maladie cardiaque, mais chaque jour, du matin au soir, il continuait à dialoguer, encore et encore, l’esprit toujours en éveil. J’étais extrêmement touché par la force de sa détermination. Il voulait à tout prix laisser son testament. Lorsqu’il a envisagé la publication de nos dialogues, j’ai refusé une première fois, mais n’ai pas pu résister par la suite tant il tenait à laisser ces dialogues à la postérité.

C’est pourquoi il serait, comme moi, très heureux de cette nouvelle édition en langue française. Aujourd’hui, Choisis la vie est paru en plus de vingt langues.

Lors de mes voyages à l’étranger, plusieurs personnes, dont certains penseurs, m’ont, à ma grande surprise, livré leurs impressions sur cet ouvrage. Je saisissais alors l’occasion pour leur transmettre la philosophie que le Pr Toynbee avait adoptée, à la fin de sa vie : « Ma devise est, en latin : Laboreamus, ce qui signifie : « nous poursuivons notre travail », disait-il.

Un an après notre dernière rencontre, il était alité et, l’année suivante, il mourait, à quatre-vingt-six ans. Avancer, même à l’approche de la mort.

Toujours avancer. C’est sur cela que reposait la vie du Pr Toynbee, qui recherchait une dimension éternelle transcendant sa vie limitée.

Si les dirigeants de la société réfléchissent, ne serait-ce qu’un peu, à ce qui se passera après leur mort, et se demandent : « Et maintenant, que dois-je faire ? », le monde connaîtra des changements remarquables !

« Laboreamus ! Travaillons ! » La voix du Pr Arnold Toynbee, ce jour-là, résonne encore à mes oreilles.

Je remercie très sincèrement toutes les personnes qui ont contribué à la réalisation de cette nouvelle édition, et plus particulièrement la traductrice, Mme Sylvie Servan-Schreiber, et M. Denis Pryen, directeur des éditions L’Harmattan.

2 octobre 2009
Daisaku Ikeda

 

 

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